Maurice Adevah-Poeuf nous a quitté lundi 10 mai 2021, il fut à l’initiative de la création du Parc naturel régional Livradois-Forez dès 1981. Portant haut ses valeurs humanistes, Maurice Adevah-Poeuf engagea le Livradois-Forez dans un projet fédérateur dépassant les appartenances politiques, les découpages administratifs ; un projet précurseur dont les concepts seront des années plus tard le moteur même du développement durable. Ce fut le premier d’une nouvelle génération de Parcs développeurs appuyant leur stratégie sur trois piliers : l’économie d’abord, l’environnement et la culture. La Charte constitutive du Parc fondait son action sur l’animation, la nécessité de convaincre, d’être proche des gens, des élus locaux. Maurice Adevah-Poeuf témoignait de cette épopée dans le journal du Parc en 2006 à l’occasion du vingtième anniversaire de la création officielle par le Conseil régional d’Auvergne.

Mémoire d’un acteur

Dès l’automne 1981, avec les gens qui m’entouraient, nous nous sommes posé la question de savoir quoi faire d’utile pour ces territoires. Je voulais absolument tenter quelque chose, même à contre courant, même si le plus « sage » aurait consisté à faire comme d’habitude, à savoir se lamenter sur la désertification, pleurnicher sur notre sort, tenir des discours puissants et vengeurs dont les électeurs se souviendraient bien le moment venu… et attendre que le temps passe.

Faire « quelque chose » supposait de doter ces territoires d’un instrument qui associe les collectivités de manière durable.

Début de 1982 nous avions retenu l’idée du syndicat mixte. Il ne s’agissait encore que de développement local et bien peu d’environnement, mais l’idée de faire un Parc régional s’est imposée assez vite. Il en existait déjà un en Auvergne, c’était un argument non négligeable pour convaincre le Conseil régional, principal financeur envisagé.

Les difficultés à surmonter étaient gigantesques. En externe, convaincre tous les partenaires potentiels du bien fondé de la démarche, et particulièrement le Conseil régional d’accepter la charge d’un second Parc – le rôle du président Maurice Pourchon sera déterminant. En interne, surmonter les très fortes méfiances partisanes, le fatalisme, l’incrédulité des populations, le risque de concurrence perçu par les acteurs en place. Il fallait voir tout le monde, réunir, parler, écouter, dialoguer, persuader, convaincre. Et il fallait aller très vite pour garder la crédibilité. À l’époque la durée moyenne de création d’un Parc régional était de 7 ans. Nous nous fixâmes 18 mois et nous réussîmes à tenir ce délai.

Le travail préparatoire était lui aussi gigantesque : élaboration du document de territoire – qui s’intitulait je crois « de l’assistance à l’auto développement », matrice de la future charte –, de programmes pluriannuels, de dispositifs d’intervention, des statuts de syndicat mixte… Ce travail fut en grande partie réalisé par un petit « commando » de collaborateurs coordonné par René Girod pour le compte de l’association pour la création du Parc, elle-même préfinancée, au titre d’une convention, par une société d’économie mixte dont j’étais le président. Pure folie de ma part dans la prise de risque. Nul doute aussi que si nous n’avions pas réussi et que l’association se soit trouvée dans l’impossibilité de rembourser les sommes préfinancées j’aurais eu de graves et mérités ennuis. Nul doute aussi que si nous n’avions pas eu recours à ce moyen, qui a permis que l’embryon de l’équipe technique du Parc soit au travail avant que le Parc n’existe, le Parc Livradois-Forez n’aurait jamais existé.

Bon vent au Parc naturel régional Livradois-Forez. Qu’il sache faire vivre l’esprit de ses origines.

Maurice Adevah-Poeuf, premier président du Parc
Journal du Parc Printemps-Eté 2006.