Jean-Baptiste Collet, peintre parisien, peintre auvergnat

(1762-1843)

Par Jean-Louis DUCOING

Nous sommes en 1804. Venant de la capitale, arrive à Clermont-Ferrand, une famille composée de six personnes : le peintre Jean-Baptiste Collet, son épouse, et leurs quatre enfants dont l’aîné, Jacques-Claude, commencera, ici, dans quelques années, une carrière d’artiste qu’il prolongera, par la suite, à Paris. Il aura l’honneur d’exposer à chaque Salon du Louvre à partir de 1822.

Jean-Baptiste Collet est né, en 1762, au faubourg Saint-Antoine, dans une dynastie d’ébénistes appartenant au cercle des meilleurs artisans de cet âge d’or du meuble. Il ne suit pas la voie tracée par les siens mais s’engage très sérieusement dans une formation d’artiste-peintre. Il entre dans l’atelier de Jean Bardin qui a séjourné quatre années à Rome. Parallèlement, Jean-Baptiste devient élève de l’Académie royale de peinture et de sculpture. En 1786, Bardin est appelé à Orléans pour diriger l’École gratuite de dessin et le disciple doit choisir un second maître : il rejoint l’atelier de Jacques-Louis David, le chef de file du néoclassicisme. Collet mène, à Paris, une première carrière dont nous trouvons trace par des catalogues de ventes publiques ou par des gravures et des illustrations tirées de ses dessins mais les événements révolutionnaires et leurs prolongements ont transformé le monde de l’art. Les artistes ont perdu une partie de leur public. À Clermont, le peintre parisien espère, probablement, trouver une nouvelle clientèle. Sa carrière auvergnate durera plus de deux décennies.

Peut-être a-t-il, également, été attiré par l’annonce de la création d’un lycée impérial « au commencement de l’an XIII » [donc imminente]. Le 26 prairial an XII [14 juin 1804], il sollicite un poste de professeur de dessin. Dans la requête, le préfet et le maire insistent sur le fait que Collet forme déjà des élèves à Clermont à la plus grande satisfaction de leurs parents. Plusieurs artistes célèbres et proches du pouvoir, témoignent de sa compétence. Peine perdue, l’ouverture du lycée, chaque fois promise, toujours repoussée devra attendre encore quatre années.

La famille s’est installée près de la Poterne, à Clermont. En 1819, le genevois, Rodolphe Töpffer, rend visite à son ami Michel Domergue, un riche négociant clermontois, dans son petit château de La Prugne à Romagnat. En compagnie de son hôte, il rend visite à Collet et, dans une lettre adressée à ses parents, il évoque la vie de la famille, les pratiques du peintre et sa production. Nous apprenons, ainsi, qu’on le considère, dans la région, comme l’artiste majeur. Les notables du département lui font réaliser leur portrait et il répond à des commandes de tableaux d’église.

En 1822, en compagnie de Jacques-Claude, il expose, au Salon du Louvre, à Paris, plusieurs œuvres dont deux grands paysages (le château de Murol et le lac Chambon. Un Paysage de Royat, peint par le fils, est acheté par la duchesse de Berry pour décorer la salle à manger du château de Rosny.

Au cours des années 20, les enfants de Jean-Baptiste vont, l’un après l’autre, rentrer à Paris. Leur père les suit. Il mourra dans sa ville natale en 1843 et les Clermontois oublieront complétement celui qui avait, pourtant, mené, chez eux, une belle et longue carrière. Deux ouvrages (*) entreprennent de le réhabiliter et de mettre en lumière l’artiste talentueux et créatif qu’il fut.

Jean-Baptiste Collet, Saint Amable, 1812
Chaméane (Puy-de-Dôme), église Saint-Pierre-aux-liens
Photo Dominique Rousset

Quelles œuvres peut-on voir ? Commençons par celles qui sont liées au Parc. Plusieurs portraits, toujours conservés dans les familles, ont été peints dans le Livradois. Ils ne sont pas directement accessibles au public mais plusieurs sont reproduits dans l’ouvrage (*). En revanche, il est facile, de découvrir deux œuvres très intéressantes dans les églises de Saint-Amant-Roche-Savine et de Chaméane.

À Saint-Amant, un Repas chez Simon (1808) fut, il y a plus d’un siècle, détaché de son cadre et marouflé (collé) contre le mur sud. Cette fâcheuse initiative eut pour conséquence un début de dégradation due à l’humidité. En 1987, Yves Morvan était chargé de déposer un badigeon du XIXe siècle dissimulant, sur la voûte, le très beau décor du XVe. Ce fut l’occasion de donner une nouvelle vie à cette toile qui a pu retrouver ses couleurs d’origine. En 1782, Jean-Baptiste Collet étant présent dans son atelier, Jean Bardin avait exécuté, pour les chartreux de Valbonne [dans le Gard], le premier élément d’une série des Sept sacrements : La Pénitence, c’est-à-dire Le Repas chez Simon. En comparant les deux œuvres, on retrouve clairement l’influence du maître dans la réalisation de l’élève. L’un et l’autre sont dans la tradition de Nicolas Poussin, le grand peintre français du XVIIe siècle.

À Chaméane, on peut voir un Saint Amable (1812). Selon la légende, Amable est, au Ve siècle, un prêtre de la ville de Riom. Les récits hagiographiques relatent un miracle ayant eu lieu sur la route de Rome : un ange lui remet un reliquaire destiné à l’église qu’il a l’intention de bâtir dans sa ville. Dans cette composition, tout est habilement mis en œuvre pour conduire l’œil du spectateur vers le lieu de l’échange. Parmi toutes ses vertus, Amable est, avant tout, un exorciste. Un possédé se tient devant lui. On le reconnaît : c’est Marat fidèlement copié du célèbre tableau de David. Simple citation, hommage au second maître ou, peut-être, une prise de position à un moment où l’opinion ne cesse de se renouveler.

Jean-Baptiste Collet, Le Repas chez Simon, 1808
Saint-Amant-Roche-Savine (Puy-de-Dôme), Église Saint-Barthélemy

Tout amateur de peinture curieux de découvrir l’œuvre de ce peintre peut également rendre visite, près d’Issoire, à deux autres églises riches d’une de ses toiles, à Plauzat et à Monton. L’une et l’autre sont restaurées comme les deux précédentes. Plauzat possède une très belle Transfiguration (1811), Monton, une Adoration des bergers (1809). Beaucoup plus au nord, l’Adoration des Mages (1823) de l’église de Gouttières, dans les Combrailles attend sa restauration.

Enfin, le musée d’art Roger Quilliot de Clermont expose un Enlèvement de Proserpine. La toile n’est pas datée et elle est signée « Collet père ». Elle a donc été peinte lorsque Jacques-Claude est devenu un artiste professionnel. Ce « paysage historié », a pu être réalisé en 1821. On peut espérer, encore, la réapparition de bien d’autres œuvres.

L’oubli total dans lequel est tombé cet artiste doté d’une très solide formation, ayant mené, en Auvergne, une riche carrière dans laquelle il a été reconnu et honoré peut étonner. Les deux publications indiquées ci-dessous entendent le réhabiliter. Elles encouragent, aussi, à regarder avec plus d’attention la production des « petits maîtres ». Elles confirment qu’on peut y découvrir une belle part d’invention et d’originalité. Jean-Baptiste et Jacques-Claude Collet, peintres oubliés, méritent bien de figurer en bonne place au sein du patrimoine régional du début du XIXe siècle.

 

(*) Jean-Louis DUCOING, Jean-Baptiste Collet, peintre parisien, peintre auvergnat, éditions Revoir, 1, rue du Guichet, 63730 Mirefleurs, 2019
Cet ouvrage contient la biographie et le catalogue de toutes les œuvres actuellement connues de Jean-Baptiste Collet avec, pour chacune, illustration, description et commentaire approfondi.

Jean-Louis DUCOING, Saint Amable, un tableau de Jean-Baptiste Collet, éditions Créer, Florat-BP 56 – 43100 Saint Just près Brioude, 2012
Contient l’histoire et la description de ce tableau puis, dans une seconde partie, une importante bibliographie raisonnée de la légende de Saint Amable.

 

En librairie ou auprès de l’éditeur :

334 pages – 24 €
Editions REVOIR
1, rue du Guichet
63730 MIREFLEURS