CHRAZ

Profession : humoriste

Il préfère la seconde dénomination, « parce que l’humour associe le rire et la réflexion ». L’humour n’est pas gratuit, on en prend acte, on garde pour soi une mauvaise plaisanterie, du genre “Chraz gratis”, et on laisse faire le professionnel.

Par Michel C.Thomas
Article paru dans le Journal du Parc n°25 en juin 2013.

Début 2011, Chraz s’est installé sur la commune de Saint-Jean-des- Ollières, dans une maison bourgeoise, avec force dépendances, qui a accueilli successivement des enfants en vacances et des adultes handicapés. Il présente les lieux et leur nouvelle affectation à sa façon enjouée et engageante. « Tous les géomètres sont unanimes : le Centre d’Ailleurs, c’est à Chavarot, en Auvergne, dans le Parc Livradois- Forez, à 620 mètres d’altitude, en pleine nature. Dans son parc d’un hectare et demi dont les séquoias centenaires sont visibles de la lune les jours de pleine terre, on y reçoit toute l’année des groupes d’individus et des individus sans groupe, pour des stages variés, du yoga à la danse en passant par l’écriture, des réunions de travail, des résidences de création, des événements familiaux… Et toutes sortes d’activités culturelles et alternatives. » Gastronomiques, aussi.

CHRAZ
CHRAZ

Dans l’Armée de l’air

Il est au Centre (pas forcément celui dont rêvent certains politiques), il vient de loin, « de Pologne, côté paternel, de Slovénie, côté maternel ». « Mes ancêtres venaient chercher du travail en France mais, pour mon grand-père maternel, le voyage s’est arrêté en Belgique. » Son petit-fils en a fait le couplet d’une chanson : « Un jour en partant à la mine / Le père de ma mère pour son casse-croûte / Avait fourré du saucisson / Dans sa musette un Vendredi saint / Ça a fait 54 victimes / Dégommées par un coup d’grisou / Dont 53 pauvres couillons / Qu’avaient apporté qu’du pain. » Le rire, parfois, serre la gorge. Chraz est né le 7 juillet 1950, un vendredi, à Charbonnier-les-Mines. Le secrétaire de mairie ampute le nom d’origine de quelques consonnes et d’une cédille, le petit Jacques-Louis s’appellera Chraszez au lieu de Chrząszcz. Plus tard, il procèdera lui-même à une nouvelle amputation. Il a douze ans quand la famille vient habiter Clermont-Ferrand, « dans un appartement d’une seule pièce ». Il fréquente, sans trop de conviction semble-t-il, les lycées Blaise-Pascal et Amédée-Gasquet. À seize ans, il s’engage dans l’Armée de l’air, « parce que mon copain de Durtol s’engageait ; j’aurais aussi bien pu rentrer dans les PTT ». Les fils de bourgeois pilotent, lui apprend l’électro-mécanique, « j’ai réparé les radars de bord sur les Mirages 3 ». Il dit, avec un brin de fierté peutêtre, que l’armée a été contente de le voir partir et il raconte la suite de l’aventure avec une modestie de bon aloi. Une entreprise l’embauche en tant qu’électro-mécanicien, il fugue et se retrouve disc-jokey au Sheldon où il ne reste que six mois. Il vend du maïs de semence pour Limagrain, se met à son compte et vend des frites et des gaufres, puis il prend la gérance d’un camping. Il prétend même être titulaire d’un CAP de menuiserie.

Associations incongrues

On se dit qu’il serait grand temps qu’il prenne un métier sérieux, humoriste par exemple. Il y vient. « Depuis longtemps, j’écrivais des petites choses, des conneries. En 1986, j’ai appris que le Petit Vélo, le café théâtre clermontois dirigé par Franck Gibaud, organisait une Nuit du théâtre où l’on pouvait apporter son sketch. J’ai tenté le coup, ça a marché. J’ai retenu la salle pour trois mois et présenté mon premier spectacle, La vodka de la défense. » Si dans ce domaine-là aussi il faut choisir son camp, Chraz choisit Desproges plutôt que Lagaf’ (celui de TF1 et non Gaston Lagaffe). Il affirme qu’il réfrène son goût des jeux de mots au profit des jeux d’idées. « J’aime les associations incongrues, inconcevables. C’est Boris Vian qui m’a appris l’humour. » À l’appui, il cite une phrase de L’Écume des jours : « Et Colin sépara en deux la masse soyeuse de ses cheveux comme le gai laboureur trace un sillon avec sa fourchette dans de la confiture d’abricot. » Sans s’attarder, il évoque aussi Bergson et Vialatte. Après, le talent étant avéré, tout est affaire de rencontres. Une cassette donnée à Jacques Maillot et Sylvie Joly, un passage au Caveau de la République, une étape à Avignon… Il croise Laurent Ruquier qui l’engage comme chroniqueur dans l’émission Rien à cirer sur France Inter. Un temps, il est le nègre de Bruno Gaccio, à Canal Plus. Il retourne à France Inter pour Les agités du J.T. en compagnie d’Yves Lecoq et Virginie Lemoine. En même temps il part en tournée avec ses propres spectacles, une bonne dizaine, de Mi-culturel, mi-cul-terreux à Faudrait qu’on répète.

Avec les pauvres

Ça tourne, ça marche même très bien. « Un spectacle, tu le vends, mais il est toujours à toi, et plus il se vend, plus il est cher. » Mais le « pognon » n’est pas son seul but dans la vie, alors Chraz crée, en 1996, La Baie des Singes, à Cournon d’Auvergne. « Je voulais disposer d’un café-théâtre où je pourrais accueillir des copains, pas forcément très connus. » Puis, tout comme dans ses jeunes années il était passé de DJ à vendeur de semences, il s’éloigne de la Baie et vient s’amarrer à Chavarot. En plus de ses tâches de gestionnaire, à l’ombre des séquoias centenaires, il met la dernière main à un livre illustré par Franck Dum, Fricassée d’Auvergnats, et peaufine son nouveau spectacle, Finissons-en avec les pauvres, qu’il jouera à Avignon. Quand on demande à Chraz s’il n’aurait pas une histoire drôle à raconter, pour le journal, il hésite, cherche un peu… « Ben, non. Mais je connais plusieurs histoires tristes. » C’est l’élégance de l’humoriste, il ne se croit pas tenu d’être comique sur commande et en toute occasion.


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